La séquence est lancée. Après le temps du diagnostic — celui du rapport vient désormais celui de la concertation et des choix. Jeudi, en ouverture des Rendez-vous du diagnostic immobilier à Paris, Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement, a précisé l’étape suivante : l’ensemble de la filière est attendu le 21 mai prochain pour ses premières Assises. Un ministre dans un salon du diagnostic, cela ne s’était jamais vu de mémoire de diagnostiqueur immobilier. Et cette scène, inédite, en dit beaucoup. Elle dit d’abord l’attention portée par les pouvoirs publics à une profession qui a parfois (souvent ?) eu le sentiment de constituer la cinquième roue du carrosse. Mais le symbole ne s’arrête pas là. Le discours du ministre marque aussi un changement de regard. Le diagnostiqueur ne se résume plus au seul DPE. Vincent Jeanbrun a tenu à rappeler « le rôle stratégique » que joue la profession dans la santé et la sécurité des logements. La mission ne se borne pas à coller une lettre, plus ou moins bonne, sur chaque logement, « le DPE ne doit pas occulter les diagnostics liés à la sécurité ». L’UNITÉ, CONDITION DE LA CRÉDIBILITÉ Autre signal fort dans le discours du ministre, on s’éloigne de l’éternel procès régulièrement intenté à la profession. Non, le diagnostiqueur n’est pas cet incurable incompétent, mais oui, la filière a besoin de se structurer pour aller de l’avant. Vincent Jeanbrun n’a absolument pas l’intention de laisser au fond du tiroir le rapport du député Labaronne commandé par sa prédécesseure: il doit servir de base à la réflexion de la filière. Et son auteur, aussi présent hier, confirmera d’ailleurs quelques instants plus tard que sa mission se poursuit jusqu’à l’avènement d’une structure fédératrice. Sur ce point, l’État avance prudemment. Pas question d’imposer un modèle clé en main, pour le moment. La balle est dans le camp des diagnostiqueurs, sommés de s’accorder — enfin — sur une représentation commune. Car aujourd’hui, la dispersion interroge : Vincent Jeanbrun dénombre « sept fédérations » pour environ 12.000 opérateurs. Le message est clair: « La filière doit parler d’une seule voix. » Reste à savoir sous quelle forme. Un ordre professionnel ? Un fédération nationale à vocation quasi ordinale ? Le débat est ouvert, mais le calendrier, lui, est serré. DES ASSISES POUR TRANCHER Les Assises du diagnostic immobilier, les premières placées sous l’égide du ministère, arriveront très vite, dès le 21 mai. Toute la chaîne de valeur est appelée à participer : diagnostiqueurs, donneurs d’ordre, organismes de formation, certificateurs. L’objectif est clair : poser les bases d’une organisation pérenne. Moins de deux mois, c’est que le ministère veut désormais avancer rapidement avec une structure opérationnelle dès 2027. Le chantier apparait est vaste, presque vertigineux. Dans les travées du salon, jeudi, beaucoup de diagnostiqueurs s’interrogeaient. Comment s’articulera cette fédération ou cet ordre avec le dispositif actuel? Avec les organismes de formation et les certificateurs ? Quel sera son pouvoir de sanction ? Comment sera-t-il financé ? La copie reste à écrire. La création d’une fédération -puisque c’est l’hypothèse la plus crédible- demandera sans doute des efforts. Dans une profession encore éclatée, l’unité ne se décrétera pas d’un claquement de doigts. Mais la perspective apparaît réjouissante. Une filière structurée, c’est une filière en laquelle les pouvoirs publics auront confiance, avec laquelle ils pourront discuter, et à laquelle il sera plus facile de lui confier de d’autres missions. L’histoire a monté à plusieurs reprises par le passé, que les pouvoirs publics, une fois rassurés, n’hésitaient pas à confier de nouvelles missions au diagnostiqueur. Dans son allocution, le ministre n’a pas seulement parlé de DPE, il a aussi effectué d’autres annonces. Un deuxième Plan d’action interministériel de l’amiante est actuellement en réflexion avec la « construction d’un état des lieux », et il a même été évoqué un « diagnostic technique pour la mérule ». Le diagnostic immobilier peut occuper davantage de place encore dans les politiques publiques du logement. À condition, peut-être, de réussir d’abord sa propre mue.