La stratégie actuelle n’est pas mauvaise en soi mais elle apparaît aujourd’hui trop ambitieuse… et surtout trop coûteuse. À vouloir conjuguer réduction des consommations, sortie des énergies fossiles et rénovation massive du parc résidentiel, la trajectoire semble difficilement tenable. Il faut faire des choix. Le think tank Équilibre des Énergies plaide pour une approche plus pragmatique : prioriser la sortie des énergies fossiles, en misant sur une électrification progressive mais massive du chauffage. Trop ambitieux, et surtout trop cher. Pour porter l’ensemble du parc résidentiel au niveau d’une étiquette A-B d’ici 2050, en combinant isolation performante et abandon des énergies fossiles, il faudrait mobiliser près de 790 milliards d’euros. Soit 31,6 milliards d’euros par an. UN MUR D’INVESTISSEMENTS DIFFICILE À FRANCHIR Nous en sommes loin. Les investissements actuels tournent autour de 15 milliards d’euros annuels, soit moins de la moitié de l’effort nécessaire. Et dans le contexte budgétaire actuel, difficile d’imaginer que l’État ou les ménages puissent mettre davantage la main à la poche. « Un tel niveau d’investissement n’est pas atteignable, au regard de la situation budgétaire de l’État et des capacités financières des ménages », soulignent les auteurs de la récente étude d’Équilibre des énergies. Vouloir à la fois une réduction drastique des consommations et une sortie complète des énergies fossiles « à un horizon aussi rapproché que 2050 » apparaît dès lors « peu réaliste ». Preuve de ce réalisme contraint : les ambitions publiques ont déjà été revues à la baisse. D’ici 2030, l’objectif est désormais fixé à 250.000 rénovations globales par an, loin, très loin des 900.000 espérées il y a encore deux ans. Le think tank propose une stratégie alternative nettement plus sobre : viser un parc résidentiel globalement classé C (étiquette énergie C, climat B), plutôt qu’un DPE B généralisé. À la clé : 210 milliards d’euros d’économies, avec un coût total ramené à 575 milliards d’euros sur 25 ans, soit 23 à 25 milliards d’euros par an. « Même si les niveaux B et A seront atteints dans de nombreux cas favorables, les viser pour l’ensemble des logements est trop exigeant et générateur de dépenses excessives », estime le think tank. LE GAZ RÉDUIT À LA PORTION CONGRUE Concrètement, cette stratégie repose sur l’affirmation d’une priorité: l’isolation ne serait plus systématique, l’effort se concentrant sur le remplacement des équipements fossiles par des solutions bas-carbone. En clair, il faut remplacer massivement les chaudières gaz et fioul par des pompes à chaleur. L’objectif ne fait guère débat : « tant pour des raisons climatiques qu’économiques et stratégiques comme la situation en début d’année 2026 le montre », insiste le rapport. La question n’est donc pas de discuter de sa pertinence mais de trouver le bon rythme et accorder des moyens. Dans cette histoire, le gaz, encore présent dans 35 % des logements, apparaît comme le grand perdant. Malgré les espoirs placés dans le biogaz, le think tank reste prudent, évoquant « les limites de la ressource en biomasse et les incertitudes sur son coût ». Résultat : le parc de chaudières gaz pourrait passer de 10 millions aujourd’hui à « tout au plus deux millions » à horizon 2050. À l’inverse, la pompe à chaleur, actuellement installée dans 11 % des logements, deviendrait majoritaire, équipant près de 57 % du parc. « Une telle évolution doit faire l’objet d’une stratégie pluriannuelle de repli du gaz, acceptable sur le plan énergétique, industriel et humain », prévient cependant le think tank. REVOIR LE CALENDRIER DES INTERDICTIONS Le retard pris dans la rénovation et les contraintes budgétaires interrogent aussi sur le calendrier réglementaire. Équilibre des Énergies alerte sur les « risques sociaux » liés à l’interdiction progressive de mise en location des logements énergivores. Pas de retour en arrière pour les logements classés G, déjà exclus -en théorie- du marché locatif depuis le 1er janvier 2025. Ils forment une « zone rouge » à éradiquer d’ici 2035. Pas de débat à ce sujet. En revanche, le think tank appelle à plus de prudence pour les autres classes. « Peut-on prendre le risque d’interdire à la location des logements représentant 31 % du parc (9 % en F et 22 % en E), sans être certain de disposer des moyens pour les rénover ? » Il propose ainsi de définir une « zone grise », regroupant les logements les plus énergivores au-delà d’un certain seuil (consommation supérieure à 210 kWh/m²/an et émissions supérieures à 35 kg CO₂/m²/an), soit les classes F, E et une partie de D. Cette zone grise représentant environ 43 % du parc et serait l’objet d’un traitement prioritaire. La rénovation serait donc bien moins massive qu’on ne l’avait imaginée. En creux, le message est clair : à vouloir tout faire en même temps, la stratégie actuelle risque de ne rien faire complètement. Quitte à arbitrer, autant cibler là où l’impact est le plus immédiat : la sortie des énergies fossiles.