Les derniers soubresauts de MaPrimeRénov’ semblaient montrer une ambition revue à la baisse. Le projet de Stratégie nationale bas carbone (SNBC 3), la feuille de route pour lutter contre le changement climatique, actuellement en consultation, confirme la tendance. L’État voit désormais moins grand et pour 2030, il se contenterait bien de (seulement?) 250.000 rénovations d’ampleur. L’euphorie a vécu. Les années passent, l’accélération fulgurante à laquelle la rénovation énergétique était promise ne s’est toujours pas produite. Une fois MaPrimeRénov’ réorientée vers les rénovations d’ampleur, l’État envisageait pourtant 200.000 rénovations globales dès 2024, avec une croissance soutenue au fil des ans pour atteindre 900.000 rénovations en 2030. Un rythme ambitieux, certes, mais nécessaire pour approcher de la neutralité carbone et rénover quelque 25 millions de logements dans les prochains 25 ans. On oublie la surenchère. Le projet de SNBC 3 dévoilé en décembre ambitionne toujours un parc résidentiel performant « composé majoritairement de DPE A, B voire C » en 2050, avec l’objectif d’éradiquer les passoires énergétiques d’ici à 2035-2040. Mais les volumes de rénovation ne sont plus les mêmes. Désormais, on parle de 700.000 rénovations de logements au total en moyenne par an entre 2025 et 2030 (y compris parc social), mais (seulement) 250.000 rénovations d’ampleur ciblées sur les logements E, F ou G. Un chiffre qui demeure toutefois très ambitieux au regard du rythme actuel. 8,8 MILLIONS DE PAC À LA FIN DE LA DÉCENNIE La nouvelle version de la stratégie bas-carbone pourrait sembler comme un retour en arrière. Moins de rénovations d’ampleur, le gros des rénovations se bornera souvent à un changement de chauffage. L’État ne s’en cache pas. Pour atteindre les objectifs, la PAC représente un levier majeur. Dans le résidentiel, l’État entend installer « massivement » des pompes à chaleur : il veut « au moins 8,8 millions de PAC dans le parc en 2030 » au rythme de « 850.000 installations par an en moyenne entre 2023 et 2030 ». Dans le résidentiel comme dans le tertiaire, la sortie des énergies fossiles demeure une priorité. Premier visé, le fioul devrait avoir quasi disparu sous dix ans. La SNBC dessine une suppression de 60% des chaudières au fioul dans le résidentiel d’ici à 2030 et « une sortie presque complète des chaudières fioul d’ici 2035 ». Le tertiaire n’est guère mieux loti, d’ici 2030, 85% des surfaces chauffées au fioul devront avoir trouvé un autre mode de chauffage. Le gaz est aussi dans le collimateur. La SNBC veut diminuer d’au « moins 20% » le parc de chaudière dans les logements d’ici à 2030 et diminuer de 17% la surface chauffée au gaz dans le tertiaire. En clair, c’est 350.000 foyers qui chaque année devront basculer du gaz à la pompe à chaleur. De quoi réduire sans doute les émissions de gaz à effet de serre, mais pas forcément améliorer les conditions des occupants, en particulier des 3 millions de foyers en situation de précarité énergétique pour lesquels la seule solution passe par une rénovation d’ampleur.