Sur-mortalité, maladies chroniques, les effets de la pollution de l’air sont bien connus. Mais son impact économique ne s’arrête pas là. Une récente note de la Direction générale du Trésor met en lumière un angle encore trop peu exploré : celui de la productivité au travail. Et la facture, là aussi, est loin d’être anodine. Asthme, allergies, maux de tête, troubles cognitifs… Les symptômes d’une mauvaise qualité de l’air, intérieure ou extérieure, sont largement documentés. En France, les seules particules fines seraient responsables d’environ 40.000 décès prématurés chaque année. Un bilan lourd, qui se traduit mécaniquement en coûts pour la collectivité. Depuis plusieurs années, les études se succèdent pour tenter de chiffrer l’addition. Déjà en 2014, le Haut Conseil de la santé publique évoquait un coût de 20 milliards d’euros par an pour la seule pollution de l’air intérieur. À l’échelle mondiale, la Banque mondiale parle même de 8.100 milliards de dollars. Des montants vertigineux qui agrègent dépenses de santé, perte de qualité de vie et baisse de production liée à l’absentéisme. MOINS VISIBLE, MAIS TOUT AUSSI COÛTEUX : LE TRAVAIL SOUS POLLUTION Mais la note de la Direction générale du Trésor va plus loin. Elle met en lumière des effets plus diffus, souvent ignorés : ceux qui affectent directement la performance au travail. Car la pollution de l’air ne se contente pas de rendre malade — elle altère aussi les capacités cognitives. Concentration en berne, fatigue accrue, prise de décision moins efficace… Autant de facteurs qui pèsent sur la productivité des salariés, même en l’absence d’arrêt maladie. Et l’impact ne se limite pas au présent. « Au-delà de ces effets directs à court terme, la pollution de l’air pourrait également réduire la productivité future, en affectant les performances scolaires et en freinant l’innovation », souligne l’étude. En clair : un air dégradé aujourd’hui, c’est aussi une économie moins performante demain. Plus surprenant encore, ces effets sont désormais quantifiables. Selon la Direction générale du Trésor, une hausse de 10 % de l’exposition mensuelle aux particules fines (PM2,5) entraînerait une baisse du chiffre d’affaires des entreprises d’environ 0,4 % dans les deux mois suivants — sans effet de rattrapage. Un signal fort, qui illustre que la pollution agit comme un véritable frein économique, à court terme. Entre absentéisme, baisse de productivité des salariés présents et recul de la demande, l’activité tourne au ralenti. DES PROGRÈS… MAIS ENCORE INSUFFISANTS La bonne nouvelle, c’est que la situation s’améliore. Les oxydes d’azote (NO x) et les particules fines (PM 2,5), deux des polluants les plus suivis -et aussi les plus meurtriers-, ont vu leur concentration respective baisser de 60% et de 54% entre 2005 et 2024. Les dépassements des seuils réglementaires se font désormais rares. En 2024, seules 1,2% des agglomérations ont enregistré un dépassement des seuils réglementaires en dioxyde d’azote (contre 19% en 2005). Et si on parle des particules fines, aucune agglomération n’a enregistré de dépassement de la norme règlementaire de qualité de l’air à long terme depuis 2015 Mais ce satisfecit reste relatif. Les normes européennes révisées en 2024, bien qu’ambitieuses, demeurent au-dessus des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé à horizon 2030. Longtemps cantonnée au champ de la santé publique, la pollution de l’air s’impose désormais comme un véritable enjeu économique. Moins visible que les hospitalisations ou les décès prématurés, son impact sur la productivité est pourtant bien réel — et coûteux. Un angle qui pourrait bien, à terme, peser davantage dans les politiques publiques comme dans les stratégies des entreprises. Car au fond, respirer un air de meilleure qualité, ce n’est pas seulement vivre plus longtemps. C’est aussi… mieux travailler.