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Formation des diagnostiqueurs: des mesures choc pour transformer le métier

2/2/2026

Le diagnostic immobilier se professionnalise. Un rapport demandé par le ministre et dévoilé fin janvier propose désormais de repenser la formation de fond en comble. Objectif : créer des cursus longs post-bac, pour affermir les compétences des diagnostiqueurs, attirer davantage de jeunes dans les rangs de la profession et faire émerger un métier pleinement reconnu pour sa forte valeur ajoutée. Peut-on encore devenir diagnostiqueur en (seulement) 30, 40 ou même 50 jours de formation ? Non, bien entendu. Le métier s’est profondément complexifié et, aussi sérieuse soit-elle, la formation courte apparaît aujourd’hui trop light face aux enjeux qui pèsent sur le diagnostic immobilier. Revoir le parcours de formation, c’était d’ailleurs l’une des mesures choc par la ministre au printemps 2025 pour fiabiliser la filière. Une mission de réflexion avait alors été confiée à Henry Buzy-Cazaux, président fondateur de l’Institut du Management des Services Immobiliers (IMSI). Neuf mois plus tard, ce fin connaisseur du secteur a rendu sa copie au ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun. Si le DPE – et son éternel procès en manque de fiabilité – est à l’origine de cette réflexion, le rapport concerne bien l’ensemble des diagnostics. « Il va sans dire que les autres diagnostics revêtent une importance de même niveau, et même, pour plusieurs d’entre eux, une importance supérieure au DPE », rappelle d’emblée Henry Buzy-Cazaux. Car si la performance énergétique est devenue un enjeu central, la santé publique n’en demeure pas moins essentielle. BESOIN D’UNE FORMATION LONGUE Henry Buzy-Cazaux pointe d’abord les faiblesses du système actuel, qui compte pas moins de 35 organismes de formation et 13 certificateurs. « La faiblesse majeure des formations actuelles courtes tient à l’absence de dimension expérientielle imposée », souligne-t-il. C’est un paradoxe de longue date, la formation initiale reste en grande partie théorique, alors que le diagnostic est avant tout un métier de terrain. Oui, on peut devenir diagnostiqueur, ouvrir son cabinet, sans même avoir réalisé un seul diagnostic. Le rapport préconise donc l’ajout « d’une expérience de terrain aux savoirs et aux savoir-faire déjà acquis, comme pour toute profession ». Une formation initiale longue, sanctionnée par un diplôme, apparaît d’autant plus nécessaire que la formation courte reste adaptée à des profils en reconversion, mais peu pertinente pour des jeunes qui viennent de décrocher leur baccalauréat. Certes, une offre de formation longue existe déjà dans le diagnostic immobilier avec notamment l’IUT de Saint-Nazaire, mais elle demeure encore marginale. Attirer des jeunes apparaît pourtant crucial dans une profession où la moyenne d’âge reste élevée et où les entreprises ont souvent le plus grand mal à recruter des opérateurs qualifiés. DU BTS AU MASTER EN DIAGNOSTIC Le rapport dessine un véritable catalogue de formations du BTS (bac+2) au master (bac+5), en passant par la licence professionnelle (bac+3). Porte d’entrée dans le métier, le BTS « diagnostiqueur immobilier » en deux ans, compterait environ 1 350 heures de formation, avec au minimum deux mois de stage par an. Plus rien de comparable avec les formations courtes actuelles. Ce cursus permettrait aussi d’intégrer des enseignements aujourd’hui largement éludés dans les formations couramment dispensées: enjeux juridiques, économiques ou encore obligations européennes. Viendraient ensuite la licence professionnelle ou le bachelor « chargé de projet en diagnostic immobilier », puis le master « chef de projet en diagnostic immobilier » ou « manager opérationnel d’une unité de diagnostics immobiliers et environnementaux ». L’offre de formation supérieure devra également permettre aux diagnostiqueurs déjà en activité d’accéder à ces diplômes via la VAE (validation des acquis de l’expérience), tout comme aux professionnels issus de métiers connexes souhaitant se reconvertir. LE PRÉSENTIEL PRIVILÉGIÉ Le rapport esquisse également les modalités pédagogiques. « Les cycles de formation longue devront se dérouler majoritairement en présentiel. Il s’agit de doter les futurs professionnels non seulement de savoirs théoriques, mais aussi des “beaux gestes” qui leur permettront de les mettre en application », explique Henry Buzy-Cazaux. Aujourd’hui, la formation laisse souvent la part belle au e-learning. À l’avenir, l’enseignement à distance serait cantonné à la théorie, aux révisions et aux approfondissements. Mais c’est surtout sur l’expérience que ces nouveaux cursus entendent faire la différence. Quel que soit le niveau – bac+2, bac+3 ou bac+5 – l’alternance serait largement privilégiée, avec environ un tiers du temps en formation et deux tiers en entreprise. Une évolution qui suppose la désignation d’un OPCO de référence afin de financer cette alternance et d’alléger la charge pour les entreprises. LE SYSTÈME ACTUEL AMÉLIORÉ Pour autant, Henry Buzy-Cazaux ne balaie pas le système actuel. Les formations courtes ne disparaîtront pas. Elles continueront d’exister, mais seront renforcées : avec des durées réglementaires allongées, davantage de présentiel, des prix planchers pour éviter le dumping… L’objectif est clair : gagner en homogénéité et monter en gamme. La certification, elle aussi, mérite quelques ajustements. Le rapport relaie les inquiétudes – et parfois l’incompréhension – des diagnostiqueurs face à la multiplication des contrôles, jugés pas toujours pertinents. Parmi les pistes avancées figurent notamment une stricte indépendance entre certificateurs et formateurs, un encadrement des tarifs de certification ou encore une révision des grilles de contrôle. Véritablement structurant, ce chantier de la formation, avec la création de parcours post-bac, semble désormais indispensable pour une filière en voie de professionnalisation. Mais Henry Buzy-Cazaux pose un préalable : que la profession prenne pleinement conscience du poids de sa mission au service d’enjeux supérieurs. Pour le président de l’IMSI, si les pouvoirs publics suivent les préconisations et si la profession joue le jeu, des avancées concrètes pourraient voir le jour en moins de deux ans.

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